Les anges meurent de nos blessures


Yasmina Khadra





4e de couverture :
Il se faisait appeler Turambo, du nom du village misérable où il était né, dans l’Algérie des années 1920. Il avait pour lui sa candeur désarmante et un direct du gauche foudroyant. Il fréquenta le monde des Occidentaux, connu la gloire, l’argent et la fièvre des rings, pourtant aucun trophée ne faisait frémir son âme mieux que le regard d’une femme. De Nora à Louise, d’Aïda à Irène, il cherchait un sens à sa vie. Mais dans un monde où la cupidité et le prestige règnent en maîtres absolus, l’amour se met parfois en grand danger.
À travers une splendide évocation de l’Algérie de l’entre-deux-guerres, Yasmina Khadra met en scène, plus qu’une éducation sentimentale, le parcours obstiné − de l’ascension à la chute − d’un jeune prodige adulé par les foules, fidèle à ses principes, et qui ne souhaitait rien de plus, au fond, que de maîtriser son destin.


L’auteur :
Yasmina Khadra est le nom de plume du romancier algérien Mohammed Moulessehoul, né en 1955 à Kenadsa (Algérie). Ce pseudonyme est composé des deux prénoms de son épouse.
Fils d’officier, Mohammed Moulessehoul est envoyé par son père à l’école des cadets alors qu’il n’a que neuf ans. Il y fera carrière jusqu’à sa retraite en l’an 2000. Durant cette période, il publie trois recueils de nouvelles, dont le premier a été écrit onze ans plus tôt, alors qu’il avait 18 ans, et trois romans sous son propre nom entre 1984 et 1989. Par la suite, pour échapper à la censure militaire instaurée en 88, il opte pour divers pseudonymes et choisit la clandestinité pour collaborer à divers journaux algériens et étrangers, et défendre les écrivains algériens.
C’est en 1997 qu’il est révélé en France sous le nom qu’il utilise toujours aujourd’hui, par l’éditeur parisien Baleine, pour la parution de Morituri. Le choix de porter un pseudonyme féminin, dans un monde aussi conservateur que celui dans lequel il vit, est un symbole fort et un engagement pour l’émancipation de la femme musulmane. Il ne révèle son identité masculine qu’en 2001, et son identité entière en 2002, dans L’imposture des mots. À cette époque, il a déjà acquis une renommée internationale, notamment avec ses romans noirs du commissaire Brahim Llob, un personnage incorruptible dans un Alger dévoré par le fanatisme et les luttes de pouvoir. Ces trois romans : Les hirondelles de Kaboul, L’attentat et Les sirènes de Bagdad parlent du dialogue de sourds qui oppose l’orient et l’occident.
Yasmina Khadra est aujourd’hui traduit en 42 langues et touche plusieurs millions de lecteurs dans le monde. Adapté au théâtre, au cinéma et en bandes dessinées, il a également reçu de nombreux prix littéraires, aussi bien en France qu’à l’étranger.


Mon avis :
Yasmina Khadra est considéré comme l’un des plus grands écrivains francophones algériens de sa génération, et sa réputation n’est pas galvaudée. J’ai toujours un grand plaisir à retrouver cette plume lucide et forte qui dessine les mouvements de l’esprit comme un paysage. Les doutes, les contradictions, comme les certitudes et les mensonges qu’on se fait à soi-même sont les décors dans lesquels il aime à nous promener. Il nous parle de gens ordinaires et les rend tellement vivants qu’on a l’impression qu’on va les croiser au coin de la rue.
Dans Les anges meurent de nos blessures, on suit le cheminement qui entraîne irrémédiablement le personnage vers le drame, déchiré entre le respect des valeurs qui lui ont été inculquées et sa volonté de sortir de sa condition, dans une Algérie colonisée où les natifs ne sont guère mieux considérés que des animaux. À travers la vie de Turambo, Yasmina Khadra nous offre un instantané sans concession de la société algérienne de l’entre-deux-guerres, avec des personnages hauts en couleur et riches en nuances. On en croise de tout genre, des gentils et des salauds, mais aucun n’est tout blanc ou tout noir et tous ont leurs fêlures, leurs rêves et leurs regrets. Et on arrive à comprendre chacun d’eux.
C’est toute la force de Yasmina Khadra, de nous connecter directement au cerveau de ses personnages. Rien de leurs motivations, des sentiments qui les poussent à agir de telle ou telle manière ne nous est étranger. Et c’est la façon de nous retranscrire cela qui fait de lui un grand écrivain.
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