Le syndrome de Kitahara


Christoph Ransmayr





4e de couverture :
« Deux morts gisaient noirs, en janvier, au Brésil. Un feu qui bondissait depuis des jours à travers une île sauvage, laissant derrière lui des laies carbonisées, avait libéré des cadavres d’un entrelacs de lianes fleuries, dévoilant également des blessures sous les vêtements brûlés : c’étaient deux hommes à l’ombre d’une saillie rocheuse. Ils étaient étendus, invraisemblablement désarticulés, à quelques mètres de distance seulement, entre des tiges de fougères. Une corde rouge qui les reliait l’un à l’autre se consumait dans la braise. »
Fascinant, flamboyant, hors du temps, Le syndrome de Kitahara, qui renvoie sans cesse au passé halluciné des crimes nazis, s’inscrit dans l’ère mythique de l’éternel recommencement des guerres et des paix planétaires. Laissant filtrer des lueurs fantasmagoriques d’un véritable crépuscule des dieux, ce roman − Prix européen de littérature (Aristeion 1996) − marque l’apogée de l’œuvre littéraire entreprise par Christoph Ransmayr avec Les Effrois de la glace et des ténèbres (1984) et Le Dernier des mondes (1988). Sans doute le plus grand livre de la littérature allemande depuis Le tambour de Günter Grass.


Mon avis :
Difficile de parler de ce roman sans reprendre les termes employés en quatrième de couverture, tant ces qualificatifs correspondent à ce magnifique livre…
Fascinant, il l’est sans aucun doute, tant cette histoire apparemment lisse comme l’ennui est truffée de minuscules crochets et, comme la bardane, vous accroche sans même que vous vous en rendiez compte.
Ce récit hors du temps semble parler d’hier, mais c’est tout aussi bien d’aujourd’hui qu’il s’agit. On ne sait plus, mais ça n’a pas d’importance. Cette histoire est éternelle. Elle parle de la paix après la guerre, qui n’est pas tout à fait la paix, mais plus vraiment la guerre. Elle parle des vaincus et des vainqueurs, et de ceux qui ne sont ni tout à fait, l’un ni tout à fait l’autre… Intemporelle et universelle…
Flamboyant, il l’est également, par son écriture dense, puissante, qui va à l’essentiel ; par la force de ses personnages dont la banalité cache des failles qui les rendent extraordinaires ; par la puissance du tragique qui sous-tend ce récit.
Ce n’est certes pas le dernier roman à la mode, puisqu’il date d’une vingtaine d’années, ce n’est pas non plus un roman de genre, mais c’est un chef-d’œuvre, et dans ces cas, il n’y a pas de date de péremption ! Alors si vous aimez la grande littérature, n’hésitez pas plus longtemps, le syndrome de Kitahara est fait pour vous.
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