L'appel du Dieu-ventre


Frédéric Soulier

Auteur auto-édité

 


4e de couverture :
En 1757, le navigateur hollandais Van Huydt signale pour la première fois l’île Wilson. Dans son journal, l’écrivain de bord la décrit comme « une langue morne et paresseuse de sable blanc, déserte, entourée par de dangereux récifs qui en interdisent l’accès. » Le capitaine consigne son emplacement sur sa carte, mais la situe deux-cents kilomètres trop à l’ouest. À cette époque en effet, les instruments manquaient de précision dans les longitudes et les positions étaient souvent déterminées à l’estimation.
Il faut attendre 1893 pour que l’île soit redécouverte. Lord Timothy Wilson, capitaine de HMS Tantalus, repère une passe à l’ouest entre les brisants. Il fait mettre une chaloupe à la mer avec six hommes et débarque sur ce « paradis perdu où l’homme n’a jamais laissé ses empreintes. » Croit-il…
Wilson plante le pavillon britannique, mais pendant ce temps la houle se lève et les sept hommes resteront bloqués trois jours sur l’île avant de pouvoir rejoindre leur bâtiment.
Par la suite, l’île change deux fois de souveraineté. Rétrocédée aux Pays-Bas en 1903, elle redevient britannique en 1936. Elle n’est plus visitée jusqu’en 1961 où une expédition franco-britannique débarque de matériel afin de construire une station météorologique sur ce carrefour cyclonique, et récolter de précieuses données. En 1970, le terrassement des fondations d’une extension met au jour des ossements humains, ainsi qu’une cassette renfermant un manuscrit et deux carnets de croquis.
Le contenu de ce journal intime est si choquant qu’il a à l’époque été décidé de n’en rien révéler. En 2008, des fouilles archéologiques ont permis de confirmer une partie du récit de l’auteur. En 2013, suite à des fuites et de nombreuses rumeurs sur des forums occultes et sites internet conspirationnistes, décision a été prise d’en diffuser l’entièreté.
Afin de restituer le plus fidèlement l’état psychologique de l’auteur, les ratures, les solécismes, fautes d’orthographe et de grammaire, les oublis et les répétitions de mots, absents au début du récit, ont été reproduits tels quels (les mots en gras soulignés signalent les mots raturés dans le manuscrit).
Attention, pour lecteurs bien avertis.


Mon avis :
Frédéric Soulier est une espèce de spéléologue de l’âme humaine. Il adore y explorer les recoins les plus sombres, les lieux les plus obscurs où règnent encore les démons ataviques que plus de deux-mille ans d’évolution sociale n’ont pu totalement éradiquer. Pour lui, les monstres sanguinaires ne se cachent pas dans d’improbables souterrains, mais dans les limbes de la psychologie humaine. Et pour réapparaître, ils profiteront d’une situation extrême, comme l’arrivée d’un groupe sur une île déserte et n’offrant aucune ressource…
Des cas d’anthropophagie pour la survie ont été recensés, notamment dans la marine, et cela depuis très longtemps. À ce propos, la comptine citée en début de volume est à l’origine une chanson de marin dont on ignore l’origine exacte. Elle fut arrangée en chanson vaudevillesque au milieu du XIXe siècle et n’est devenue une chanson destinée aux enfants qu’au XXe siècle. Cela montre que pour être marin, il fallait avoir l’estomac solide à plus d’un titre. Pour lire du Frédéric Soulier aussi !
Dans sa quatrième de couverture, l’auteur donne à penser qu’il ne s’agit pas là d’une œuvre de fiction, mais de la retranscription d’un manuscrit. Cela renforce l’empathie, un peu à la manière de ces films tournés en « caméra subjective ». Le récit, porté par une seule voix et à la première personne, place le lecteur dans un rôle de témoin, non seulement de la situation du groupe et de ce qui se passe, mais aussi de la dégradation de l’état psychologique du narrateur. Et si l’écriture de ce journal est au début celle d’un homme cultivé ayant reçu une éducation stricte, elle se recentre petit à petit, comme son auteur, sur l’essentiel, le vital.
Bref, fidèle à ses habitudes, Frédéric Soulier va farfouiller là où ça fait mal, parfois jusqu’à la nausée, mais on ne peut s’empêcher de se projeter à la place du personnage, de se dire : « et moi, à sa place… » Et c’est ce qui en fait un auteur indispensable.
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