Épilogue


Frédéric Soulier





4e de couverture :
Martial Chaînard, 84 ans, coule les jours paisibles et qui se ressemblent tous dans un EHPAD − acronyme moderne et politiquement correct désignant un mouroir. Mais lorsque le destin lui joue un dernier tour de cochon et l’oblige à sortir du rôle de spectateur dans lequel il s’est toujours complu, le vieillard terne et effacé décide d’offrir à son insipide biographie le plus brillant des épilogues.


Mon avis :
Je n’ai pas en tête la chronologie exacte des parutions de Frédéric Soulier (j’en ai lu plus des deux tiers, mais dans le désordre), mais il me paraît certain que ce titre fait partie des premières. En tout cas, qu’il a écrit Épilogue avant qu’un lutin fripon ne lui offre le « Dictionnaire des mots que personne n’utilise » et qu’il s’en serve d’oreiller. Le Vidal, apparemment, il l’avait déjà, mais ici, ça tombe plutôt bien, étant donné que le prologue de cette histoire se passe dans un lieu où la consommation de produit pharmacologique est des plus élevées. À propos de prologue, ce dernier occupe presque la moitié du volume, ce qui, pour un roman dont le titre est Épilogue, démontre une tournure d’esprit assez facétieuse. Mais ceux qui connaissent l’auteur savent que sa plume, toute espiègle qu’elle est, ne joue pas dans le registre guimauve de la comédie légère, mais se trempe au sang de l’humour noir et grinçant de la satire sociale.
Vous l’aurez compris, c’est bien du Frédéric Soulier qu’il s’agit, mais sans la nécessité d’avoir le « Petit Larousse » en guise de repose-bras. Ce qui ne signifie pas que le vocabulaire est moins riche, il est juste moins agaçant ! Personnellement, si l’utilisation de termes ultra-pointus dans un ouvrage de référence me semble naturelle, voire indispensable, l’emploi de ces mêmes termes dans un roman où les personnages sont, de par leur fonction ou leur position sociale, des quidams tout à fait ordinaires, me paraît quelque peu superfétatoire. Dans le même ordre d’idée, l’auteur nous présente l’un des personnages secondaires comme un parfait crétin, mais, lors d’une discussion avec son acolyte, met dans sa bouche l’expression d’idées bien trop élaborées pour un tel individu. Je conçois tout à fait que l’auteur s’exprime à travers ses créatures, mais cela ne doit pas nuire à la cohérence du récit ou des personnages. Mais je l’ai dit en introduction, Épilogue est une « œuvre de jeunesse », et de ce fait, souffre de quelques imperfections. Quelques tournures de phrase, une ou deux répétitions auraient demandé une relecture plus attentive, certes, mais si vous me demandez si j’ai aimé ce livre, la réponse est oui, sans équivoque. Et au risque de me répéter, je dirais que ce roman ne perd rien, bien au contraire, à ne pas s’orner de termes que même les plus érudits ne prononcent qu’en présence de leurs pairs. J’avais exprimé un jour l’idée que cela participait à la signature « Frédéric Soulier », en vérité, je me suis trompé ! Tout ce qui fait cet auteur est déjà là, dans ce roman. On y trouve déjà les mêmes obsessions : la mort, la décrépitude des corps, et bien sûr les noirceurs de l’âme humaine. On y trouve surtout cette écriture sur plusieurs niveaux de langage (sans l’excès décrit plus haut), nerveuse, parfois cinglante comme une baguette d’osier, jamais consensuelle, mais jetant un regard acéré sur l’humanité. Bref, tout ce qui fait que Frédéric Soulier est un auteur incontournable.
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