Grumf et Mffou

 
C’était durant le grand exode (celui de la troisième glaciation) que Grumf avait rencontré Mffou (je les ai appelés ainsi, mais vous pouvez leur donner le nom qu’il vous plaît, vu qu’à cette époque, ils n’en avaient pas, de nom). Mffou n’était vraiment pas terrible ; aujourd’hui, elle aurait sûrement été traitée de cageot, mais ces petites caisses de bois n’avaient pas encore été inventées. D’ailleurs Grumf, comme tous les Néandertaliens, se foutait pas mal de la beauté de cette femelle. Elle était en période féconde, du moins, c’est ce que son odorat lui suggérait, et son instinct le poussait à la séduire. Mais Grumf n’était pas (et de loin) le plus habile des chasseurs, aussi se nourrissaient-ils le plus souvent de chiroptères à la chair filandreuse – il pouvait facilement les tuer quand ceux-ci dormaient au fond des cavernes – et de diverses herbes et produits de cueillette, ce qui était loin de satisfaire Mffou qui, non seulement était moche, mais en plus était une grosse feignasse. Il faut dire pour sa défense que ce n’était pas par manque de volonté, mais parce qu’elle avait du mal à se déplacer. Mffou avait eu les orteils gelés et ils étaient tombés un jour où elle avait malencontreusement heurté une grosse pierre. Essayez de marcher sans doigts de pied, vous verrez si c’est facile !

Mais bref ! Tout ça pour dire que Mffou se refusait à Grumf. Ce n’était pas par pudeur ou autre sens moral – pensez ! À l’époque, ils n’étaient pas encore endoctrinés par je ne sais quelle bondieuserie – mais là encore, c’est l’instinct qui dirigeait. Mffou sentait qu’il lui fallait un mâle capable de subvenir à ses besoins (ça n’a guère changé !) aussi elle se détourna rapidement de Grumf quand Wargh apparut dans la région. Wargh dégageait une odeur hircine, mais contrairement aux hommes d’aujourd’hui, les Néandertaliens n’étaient pas bégueules et ne craignaient pas la puanteur ; pour eux, une odeur n’était qu’une odeur, ni bonne ni mauvaise, juste une source de renseignement au même titre que la vue ou l’ouïe. Et Wargh était, lui, un excellent chasseur. Il ramenait à Mffou les meilleurs morceaux : du foie d’urus, des cuisseaux de daim et autres délicieux os à moelle riches en phospholipides et sphingolipides.

Ça ne pouvait se terminer que d’une seule façon : un combat entre les deux mâles pour la possession de Mffou ! Et Grumf se rendait parfaitement compte qu’il ne faisait pas le poids face au puissant Wargh. Il aurait suffi à ce dernier de souffler pour que Grumf se retrouve sur les fesses. Mais Grumf était intelligent, à défaut d’être fort. Il avait récupéré, aux bords d’une rivière, une petite carapace de tortue évidée par quelque prédateur, avec laquelle il se confectionna ce qu’on peut considérer comme le premier casque militaire. Grâce à ce stratagème, il put encaisser presque sans douleur le coup de massue que lui asséna Wargh, qui, lui, n’eut pas la chance d’être protégé et mourut aussi bêtement qu’on pouvait mourir à cette terrible et cruelle époque.

Le soir même, Grumf et Mffou se régalèrent de la cervelle du chasseur et firent pleins de petits Néandertaliens.


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