La part d'ombre


Marie-Françoise Chevallier Le Page






4e de couverture :
Marie avait 14 ans… Vincent à peine 15. Pourtant, il l’a sauvagement tuée après l’avoir violée. Cela aurait pu n’être qu’un simple fait divers. Mais le grimoire de son défunt mari − journaliste et écrivain − retrouvé par la veuve K. au fond d’un tiroir au grenier, recèle en réalité de lourds secrets.
L’évocation en alternance, opposition et effet miroir des souffrances de la mère de la victime et de la mère de l’assassin dans ce récit inachevé l’intrigue vivement et elle décide de partir enquêter en Limousin. Elle ne se doute pas qu’elle va involontairement conduire chacun des protagonistes de cette tragédie à dévoiler sa part d’ombre secrète, et qu’elle va être malgré elle la cause du drame absolu révélé par un épilogue totalement imprévu.
Inspiré de faits réels, ce roman à suspense nous interroge et nous interpelle sur des sujets aussi intemporels que d’une cuisante actualité.


Mon avis :
C’est un polar un peu hors norme que nous propose Marie-Françoise Chevallier Le Page. Sur le fond : il s’agit bien d’une enquête, mais elle se déroule longtemps après le drame et s’attache à en révéler les « à-côtés », les « dommages collatéraux », plutôt que de revenir sur des faits établis. Ce n’est pas le crime en lui même qui est ausculté, mais ce qu’il a provoqué dans l’entourage des protagonistes. Le personnage principal, la narratrice, sort aussi des sentiers battus, bien que n’étant pas le premier du genre dans la littérature policière. Il s’agit d’une dame que l’on devine d’un certain âge, qui a cette particularité de dialoguer avec son défunt mari, et même d’autres morts dont elle n’a pas vraiment conscience, au début, de leur état de trépassés. Cela amène des scènes un peu surréalistes et des quiproquos assez drôles.
Dans la forme, plus d’une chose le singularise : d’abord, c’est une espèce de mise en abyme, puisque l’auteur fait parler un auteur (la veuve K) qui donne la parole aux mères de la victime et de l’assassin (ou supposé comme tel). Ensuite, l’écriture, très travaillée, avec un vocabulaire étendu, possède un phrasé qu’on ne s’attend pas trouvé dans un roman de cette catégorie. Du moins au vingt-et-unième siècle ! Bien qu’utilisant un langage tout à fait moderne, il y a en effet quelque chose d’intemporel, un peu dix-neuvième siècle ou début vingtième, dans ces phrases longuement développées, enrobées de circonvolutions, riches comme une cuisine en sauce…
Le rythme, aussi, donne un ton particulier. À ma connaissance, Marie-Françoise Chevallier Le Page n’a pas édité de poésie, mais à la lecture de ce roman, on a l’impression qu’elle en a beaucoup écrit. Dans ce texte, une grande partie des phrases sonnent comme des demi-alexandrins (je dis « demi » parce que l’alexandrin n’est pas toujours complet). Cela pourrait être perturbant, mais finalement participe au rapprochement de la souffrance des deux mères, uniformisant ainsi le ton de leur complainte. Effet réussi, donc, puisque revendiqué, d’une certaine façon, par la veuve K. qui cherche à comprendre ce que ces deux femmes ont vécu, après le drame.
Un roman pas très moderne, si on le compare aux best-sellers de la littérature policière d’aujourd’hui, mais qui réjouira ceux qui apprécient une belle utilisation de la langue française. Il régalera également ceux qui ne supportent plus la violence et les descriptions complaisantes de la cruauté dans les polars d’aujourd’hui. Avec La part d’ombre, Marie-Françoise Chevallier Le Page ne signe pas un polar « pur et dur », mais laisse la part belle au texte pour une enquête prise sous un angle original.
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