Les Pommiers fleurissent aussi en hiver


Aubry Françon



 
4e de couverture :
« Poussé par une incontrôlable frénésie, il s’empara du pli pour le décacheter fiévreusement. Un ouvrage jauni et corné surgit entre ses doigts. Il caressa doucement le recueil, laissant glisser sous ses phalanges les multiples nervures qui parsemaient la couverture craquelée. La gorge serrée par l’émotion, il lut lentement le titre du volume qui se détachait en lettres grises sur fond beige. Il savoura avec délice le moment où, sous son regard, se dévoilèrent son prénom et son nom. Il ouvrit le livre à peu près en son milieu, confiant au hasard le soin de décider de la page qui allait s’offrir à lui. Le papier râpeux et de médiocre qualité produisit un froissement, et André s’absorba dans la lecture d’un extrait. »

 
Mon avis :
André Bernard, le personnage principal de ce livre, est un homme qu’on qualifierait certainement d’ordinaire. Il a passé la quarantaine, est divorcé, père de deux enfants, et a une situation de cadre dans l’agroalimentaire. Il est, comme on dit, entre deux âges, et c’est entre Saint-Étienne et Paris qu’il va rencontrer une personne qui va bouleverser la routine de sa petite vie bien rangée.
Certains événements fortuits ont le pouvoir de résonner profondément dans l’inconscient des individus qui les vivent. On les appelle « synchronicités », et ils surgissent toujours à des moments clés de notre existence. Ici, c’est l’âge où certains hommes ont « le démon de midi » et d’autres font le bilan de leur vécu. Pour André Bernard, à travers ce coup du destin, se pose la question : qu’ai-je fait de mes rêves de jeunesse ?
Alors, quand pour se plier à la volonté paternelle et aux normes d’une société où il faut « réussir », on a abandonné ses rêves, la violence de cette synchronicité peut être terrible.
Aubry Françon, dans son écriture, n’est pas du genre à en mettre plein la vue, mais il a ce charme discret qui accroche bien plus sûrement et durablement que l’esbroufe et le m’as-tu-vu. La richesse de son vocabulaire n’est pas tapageuse, mais se montre à bon escient, en toute discrétion, presque avec parcimonie, avec pudeur, et c’est la preuve non seulement du talent, mais aussi de l’excellence du travail de l’auteur.
Ce premier roman, ciselé avec soin, mérite vraiment qu’on s’y arrête, même si, en lecteur exigeant que je suis, j’aurais aimé que l’auteur développe un peu plus certains éléments concernant l’évolution du personnage principal. Mais cela n’engage que moi et n’enlève rien au plaisir d’une lecture que je vous recommande chaleureusement. Les pommiers fleurissent aussi en hiver rentre directement dans mon top 3 de ce premier trimestre 2017, c’est vous dire si j’ai apprécié !
 
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